Les arts et la manière…

La Serre à Orgueil ne se positionne, ni comme une librairie, ni comme une galerie d’art, pas plus que nous sommes une scène officielle. Mais nous aimons les arts et  la création. C’est donc en tant que fans, et non en critiques, en experts ou en programmateurs, que nous soutenons certaines oeuvres. C’est souvent dans l’atelier ou au studio, lorsqu’on échange avec l’artisan du mot, du son ou de la lettre, que naissent nos premiers amours. Ce rapport avec la matière ne nous est pas non plus inconnu. Quand on façonne, on se transforme, et on s’émancipe. Aussi nous aimons provoquer des rencontres artistiques, y associer certaines disciplines comme les arts floraux ou culinaires, mais aussi l’artisanat d’art, et d’autres encore moins connues, mais révélant tout autant la richesse humaine et ses devenirs possibles. Chaque fois c’est comme un scénario, on en a réalisé déjà quelques-uns, et on en a plein sous le coude.

Sarawak festival en sens, Compo-solo, Les dessous du Pamplemousse, et d’autres encore, font la démonstration qu’à condition d’en préserver le sens, l’art se mobilise, la création se Vulgarise, les savoir-faires se partagent et se transmettent, les postures évoluent, et les connivences essaiment.

C’est ce qui nous anime. Dans cette dynamique, il n’y a pas de place pour le star-système ou la spéculation. Quitte à décevoir certains « Zartistes », nous préférons favoriser la proximité entre l’oeuvre, son auteur, et le public, plutôt que de chercher les gros titres racoleurs, dresser les égos capricieux sur piédestal, et favoriser un populisme au détriment de tous.  Nous ne sommes pas « agent » mais accompagnons. Nous ne sommes pas « producteur », mais prenons des risques. Si nous étions riches, nous serions sûrement mécènes. Nous avons déjà organisé des résidences, provoqué des rencontres, créé des climats favorables à des créations collectives, recueilli de la matière, mutualisé des moyens mêmes modestes, mais qui suffisent à ouvrir le champ des possibles. Tout cela se fait sans courtiser la subvention et donc sans devoir répondre à des cahiers des charges souvent en contradiction avec la liberté d’action, la réactivité, et l’institutionnalisation de  l’art pour des buts que nous ne partageons pas. Certes, quelques moyens supplémentaires nous feraient du bien, mais semble t-il qu’il faille pour cela, pratiquer le loobying culturel, et ce n’est pas vraiment notre premier talent.

Notre soutien passe par la micro édition, la scénographie d’exposition, l’invitation, les scènes ouvertes, et c’est cette écoute réciproque avec les auteurs qui fait de nous des privilégié(e)s. Alors on partage ce privilège, et ce faisant, on essaie d’être juste.

Parfois il y a des profits.  Souvent de faible portée économique. Il en résulte de la fragilité, mais aussi de grands bonheurs partagés. On a appellé cela « La Boutikart ». À la logique d’entreprise culturelle, s’ajoute forcément une question d’investissements et d’objectifs, une manière et des moyens d’exploiter, et une réflexion à mener sur ce qu’est un bénéfice socio culturel et artistique, et à qui vraiment, il profite. C’est difficilement mesurable, d’autant que les effets en sont parfois latents, globaux, ou intemporels. Peu importe. C’est un volet de La Serre à Orgueil qui demande à être développé, quitte à nous éloigner des dispositifs habituels, notamment ceux qui encouragent à la concurrence entre scènes ou disciplines. Notre matière c’est l’humain, avec ses beautés et ses devenirs. Ce site internet, associé à la multiplication des événements, et à la confiance de nos sympathisants, partenaires et clients, sera probablement l’un des supports de cette passion.