Nous, habitants de Pleven…

Pourquoi, nous, habitants de Pleven, joignons le mouvement de paix « Votez la soupe! Ensemble, Partout ! » ?

Certains se demanderont peut-être pourquoi Pleven, Bulgarie, comme un des points de coordination d’un événement international ?

  • Pourquoi cette ville moyenne du nord d’un petit pays européen, économiquement mal au point et avec une démographie en décroissance vertigineuse ?
  • Pourquoi là, où, la gouvernance a laissé place à la corruption à tous les étages.
  • Là où la politique a été remplacée par le populisme ?
  • Pourquoi dans ce « no man’s land », où l’économie souterraine représente 90% de l’activité économique du pays et où la justice ne dépend pas du droit mais du capital?
  • Pourquoi là où les médias indépendants sont quasi inexistants, et les mouvements citoyens souvent réprimés, voir pire : s’autocensurent.
  • Pourquoi cet endroit, à la périphérie de l’Union Européenne, à la croisée de deux mondes, le monde « civilisé » et l’autre, « barbare » ?
  • Pourquoi dans ce coin paumé, où la majorité des gens vivent sous le seuil de pauvreté et selon le dernier scoop, occupent le premier rang des esclaves « modernes » en Europe?
  • Enfin, pourquoi là, où la vie humaine a un prix exact, qui en plus, s’avère être bon marché ?

Et bien, à cause de tout ça !

Et puisque, l’espoir est toujours présent, la bonté dans les cœurs des gens toujours vibrante, la créativité plus que débordante mais aussi quand l’envie de se faire entendre, de crier sa rage et se battre pour sa liberté et la paix n’est plus un droit : alors réagir est une nécessité ! Et le modèle pacifiste, le seul acceptable.

Nous voulons la paix, non seulement sur nos terres ou dans vos villes, mais aussi nous sommes à la quête de la paix intérieure, celle qui vous illumine et vous protège dans un monde de fous qui se font la guerre encore et toujours par avidité, pendant que nous payons les pots cassés avec notre propre vie, la vie de nos enfants,…de leurs enfants ?

Ici, à Pleven, déjà mobilisés, nous commençons à nous organiser afin d’accroître notre petite équipe de bénévoles… Ce n’est pas une étape très simple, certes. Il y a des incertitudes, des difficultés à surmonter, des moments de solitude et beaucoup de « plan B »,   mais qu’est-ce que c’est bon de voir les gens se relever et briller !

Notre soupe locale commence déjà à parfumer par ses odeurs de liberté, d’autres villes en Bulgarie… On s’attend à des points de soupe dans au moins 4 villes : Sofia, Varna, Plovdiv et Lovetch.

À nous les soupières et les louches !

Comment s’est déroulée la mobilisation à Pleven : quelles difficultés et quelle synergie humaine ?

Tout a démarré fin octobre 2015.

Une collaboratrice de l’association La Serre à Orgueil, rentre dans sa ville natale à Pleven et lance l’invitation à « Votez la soupe! Ensemble, Partout ! ».

Au début, l’idée paraît étrange, le plus souvent les gens demandent : pourquoi la soupe et la paix, et comment ça, partout ?

Il se passe bien un mois, plein de rendez-vous avec des acteurs différents de la vie locale, afin d’expliquer « le pourquoi » et « le comment » de cette action. Certains s’enthousiasment de suite, d’autres ne se sentent pas vraiment capables d’entreprendre une initiative. C’est le cap le plus dur à dépasser : faire comprendre qu’en réalité, préparer et partager une soupe, c’est à la portée de tout le monde, et que plus il y en a, mieux c’est pour chacun de nous.

Dur mais pas impossible ! Nous avons fini par mobiliser quasi toute la ville, en tous les cas les structures et milieux socio-professionnels représentatifs de la communauté locale.

 Les institutions, structures et organisations :

Pour une ville, dont l’industrie principale actuelle est la couture, nous avons mobilisé

  • une fabrique de pantalon, dont les gérants se sont proposés de préparer et offrir de la soupe à ses employés pendant leur pause de midi.
  • Le Centre du travail avec des enfants, participe avec une exposition de dessins thématiques créés spécialement pour l’occasion par les enfants.
  • Trois clubs de retraités en partenariat avec une structure culturelle prépareront et dégusteront ensemble leurs soupes.
  • L’institut de vignoble du Pleven, le plus ancien sur les Balkans institut d’expertise des vins, suit le mouvement en intégrant notre programme par une dégustation de vins locaux.
  • La troupe jeunesse du Théâtre Ivan Radoev, organise une soirée théâtre d’impro dans un bar, proposant la soupe.
  • L’école du sport « Gueorguï Benkovski », dans une ville qui a vu naître de nombreux sportifs de haut niveaux, participe également, en organisant des jeux amusants autour de la soupe, tel qu’une course de relais avec un poireau, ou encore un marathon de la soupe. La soupe, ça rend plus fort !
  • Les élèves du lycée professionnel de restauration prépareront également plusieurs recettes de soupe à déguster.
  • Même des membres de Rotary club, tiendront le Jour-J un point soupe sur une place publique.

Nous avons constaté qu’autant, certains ont la facilité de trouver des idées de participation, autant d’autres ont besoin de notre soutien. Donc, petit conseil, lezamis : ayez toujours au moins une idée intéressante et réalisable à proposer à votre interlocuteur. Sans être en attente d’une proposition, il faudra tout de même rester très attentif à ce que l’autre a à dire.

Il est normal, si on a jamais participé à un événement libre, tel que « Votez la soupe ! », d’avoir du mal à trouver la manière d’intégrer le mouvement. Soyez le vent qui souffle, celui qui inspire, sans pour autant imposer ! Essayez d’intéresser votre interlocuteur, en lui laissant toujours le choix. Soyez également compréhensifs en ce qui concerne les particularités et les contraintes de son domaine et milieu socio-professionnel. À ce propos, les échanges avec les restaurateurs étaient très représentatifs des spécificités du milieu avec lesquel nous avons composé.

Les restaurateurs :

Tout d’abord, il faut dire, qu’à la différence de la France où la soupe pourrait se servir midi et soir, et que le verbe même « souper » est employé pour dire « dîner », en Bulgarie, on consomme la soupe surtout à midi. Dans certains endroits montagneux, après une grosse cuite la veille où quand il fait très froid, on consomme la soupe le matin en compagnie d’un petit verre d’eau-de-vie. Il faut bien se réchauffer, non ?! Ces particularités culturelles ont fait que les restaurants ne proposent de la soupe que le midi. C’est pourquoi, nous avons décidé de démarrer l’événement à 12h.

Au départ nous avons prospecté auprès de 7 restaurants assez connus de Pleven et nous avons eu leur accord. À la ligne d’arrivée, ils ne sont plus que 4. C’est pas grave ! L’année prochaine ils seront 40 !

Plus important encore que le nombre de restaurants participants, c’est la qualité de la relation qui peut naître avec ces entrepreneurs. Dès le départ, nous nous avons fixé un double but.

D’une part, qu’ils fassent de la soupe, naturellement, mais aussi qu’ils deviennent de futurs partenaires dans d’autres événements culinaires et culturels. Donc, il fallait non seulement les intéresser à participer mais réussir à prouver sa bonne volonté et instaurer un premier rapport de confiance et de partenariat. Après tout, nous ne sommes pas allés vers eux pour leurs vendre ou acheter quelque chose. Nous les avons invités à rejoindre un mouvement.

Ici, leurs intérêts personnels en tant qu’entrepreneurs convergent avec l’intérêt public du festival. Ils peuvent à la fois tester de nouvelles recettes dans un cadre événementiel, attirer et fidéliser de nouveaux clients, tout en participant à une oeuvre de bienfaisance et combiner ainsi leur image avant tout commerciale, avec une posture éthique. C’est une ouverture que « Votez la soupe » propose.

Certains l’ont bien compris et ils nous ont reçu les bras ouverts. Un restaurateur a même décidé personnellement de nous transmettre la somme récoltée par la vente de leur soupe ce jour-là, afin que nous l’investissions dans de prochains événements ! Une idée qui vient de lui !

Voici, pourquoi la liberté de choisir sa formule est si importante, car les bonnes idées peuvent venir de partout.

En revanche, d’autres gérants de chaînes, heureusement minoritaires, nous ont snobé. Cela a permis une sélection naturelle. Du moment que la paix n’est pas économiquement rentable, c’est un concept méprisable et ils s’en excluent d’eux-mêmes. On les retrouvera sur le marketing d’image, plus tard, quand le train sera déjà en route, mais on connaît déjà leur cœur.

Pendant notre prospection, différentes questions ont été soulevées par nos interlocuteurs et à chaque fois nous devions réagir vite et apporter la réponse adéquate. Voici une autre situation qui peut arriver.

Nous nous sommes adressés à un bar-café assez fréquenté par le milieu culturel local. La réponse que nous avons reçue était la suivante : « on fera de la soupe et on met à disposition nos locaux mais on ne peut pas organiser la soirée, on ne sait pas trop comment faire, avez-vous des idées à nous proposer? ». C’est là, où vous intervenez et vous sortez votre petit carnet magique rempli de propositions et dans le cas concret, nous leur avons proposé de faire une soirée de théâtre d’impro. C’était à nous de contacter les acteurs, concevoir avec eux la soirée et coordonner le tout. C’est comme ça, que notre équipe s’est adressé aux jeunes du théâtre et nous les avons accompagné dans l’élaboration du contenu théâtral.

Les mécènes :

Dans un pays pauvre tel que la Bulgarie, le mécénat n’est pas véritablement développé et difficile à obtenir. La réalité est telle que le business, surtout à Pleven, est faible, donc avec peu d’argent à investir et encore moins à offrir. Les subventions publiques pour la culture et le social, ne sont pas très régulières et souvent d’un montant insuffisant.

Par ailleurs, l’intervention potentielle du politique dans les relations peut s’avérer aussi problématique et il est indispensable de rester droit, de savoir ce qu’on veut et plus encore, ce qu’on ne veut pas.

Malgré toutes ces difficultés, nous avons réussi à obtenir des dons, matériels et financiers, ainsi qu’un soutien de la mairie, sans pour autant devoir faire un quelconque compromis avec l’éthique de l’événement. Comment ? Et bien, avec de la volonté et la conviction intime et manifeste qu’on va réussir ! Et bien entendu, des rendez-vous et quelques appuis: à certains endroits, il faut qu’on nous fasse rentrer par la petite porte pour en sortir par le grand portail.

Il faut s’accrocher :

  • Trois rendez-vous avec un mécène, afin de lui montrer qu’on ne lâche pas !
  • Un rendez-vous obtenu avec l’adjoint du maire, qui a activé ses services afin qu’ils financent l’impression des supports publicitaires. Là encore, il a fallu rester ferme : aucun logo sur les affiches et les flyers. L’argument principal : ce n’est pas une opération commerciale, donc il ne s’agit pas de sponsoring, mais de soutiens désintéressés. La charte graphique est mondiale, et c’est un deuxième argument important : de quel droit, nous, le collectif du Pleven, peut-on imposer des logos de sponsors ou de la mairie locale à d’autres organisateurs étrangers ?! Là, tout le monde, comprend.
  • Un rendez-vous avec un gros producteur agricole qui nous donne des légumes gratuitement.
  • Une cave à vin nous donne plusieurs litres du vin, afin que nous testions une recette de vin chaud.
  • Enfin, une présentation du projet lors d’une réunion de Rotary club. Il fallait être convainquant et surtout faire comprendre qu’avec ou sans aide, l’événement aura lieu. Donc, il était dans leur intérêt de se joindre au mouvement. Notre surprise n’est pas tellement venu du fait qu’ils apportent leur aide financière mais plus de leur décision collégiale de tenir eux-mêmes un point de soupe sur une place publique ! Magnifique !

Ainsi, pendant toute cette période de recherche de financements, on ressent des inquiétudes, des pressions, des attentes, tout en gérant le reste. On enchaîne les rendez-vous, on mobilise des bénévoles et on organise des réunions. On crée l’événement face book et on l’alimente régulièrement, on envoie des mails, on contacte les médias, on écrit des articles de presse, on fait des traductions en plusieurs langues, on cherche du matériel, on bricole, on cuisine, on passe parfois des jours entiers au téléphone. On accueille des invités d’ailleurs, on fait des plans d’aménagement des lieux, on s’occupe des autorisations, de la paperasse, on essaie de penser à tout et surtout à ce qu’on oublie. On ne marche pas, on court ! Un point important à souligner : la gestion du temps ! Très important, car la fatigue arrive vite et avant même le jour de l’événement.

Savoir bien distribuer les taches. Déléguer, mais aussi vérifier. Ne pas s’énerver, quand les choses ne se passe pas exactement comme on a imaginé, mais savoir réagir pour ajuster.

Et surtout, garder son calme et la banane ! Car, en tant qu’organisateurs, donc, personnages publics de fait, nous devons toujours avoir la pêche! L’avantage de tels événements est que l’enthousiasme qu’il provoque chez les gens vous redonne de l’énergie en permanence!

Nous espérons qu’après « Votez la soupe ! » à Pleven, notre équipe va s’agrandir car parfois il est nécessaire d’abord de montrer en pratique que c’est possible, ensemble et partout !C’est d’ailleurs notre attente particulière de cet événement : à la suite du festival, constituer une équipe de professionnels exerçant dans différents domaines, afin qu’on développe ensemble d’autres projets du fond et au quotidien. Nous avons désormais quelques volontaires !

Vélina Chakarova 

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